Les transformations technologiques invitent les dirigeants à repenser leur manière de concevoir le travail, de décider et de conduire les organisations. Il ne s’agit pas seulement d’adopter de nouveaux outils mais de changer le cadre à partir duquel ils pensent l’action.
Pour accompagner cette évolution, je propose un principe fondateur que j’appelle l’axiome de l’onticité du travail :
« Aussi longtemps que le travail conservera une dimension ontique, le TOI (Traducteur Opérationnel Imaginatif) sera toujours nécessaire ».
Par dimension ontique, j’entends le fait que le travail est toujours l’action d’êtres humains concrets, engagés dans des situations singulières confrontées à un réel qui excède toujours sa représentation. Il exige donc une faculté permanente d’interprétation, d’arbitrage et de responsabilité : c’est ce que je nomme le TOI.
Prendre au sérieux la dimension ontique du travail oblige les organisations à en tirer les conséquences suivantes :
1. Aucune prescription ne peut se suffire à elle-même.
Le réel sera toujours plus riche que ses représentations.
Conséquence : Concevoir les prescriptions comme des repères, jamais comme des substituts au jugement.
2. Le changement ne se confondra jamais avec la transformation.
Modifier des structures, des outils ou des procédures ne transforme pas, à lui seul, le travail.
Conséquence : Piloter les transformations à partir de l’évolution de l’activité réelle.
3. L’intelligence artificielle ne constituera jamais un simple enjeu technique.
Son véritable enjeu sera de préserver l’articulation entre la prescription, l’activité et le jugement.
Conséquence : Concevoir l’IA comme un soutien au jugement humain, non comme son remplacement.
4. L’éthique du travail réel précédera toujours toute éthique de l’intelligence artificielle.
Une organisation qui ignore le travail réel ne pourra développer une IA véritablement éthique.
Conséquence : Faire du travail réel le fondement de toute gouvernance éthique.
5. Le management ne se réduira jamais à la managementerie (concaténation d’outils).
Manager consiste d’abord à créer les conditions d’un jugement juste dans l’action.
Conséquence : Évaluer le management à sa capacité à soutenir le travail réel.
6. Former ne suffira jamais ; il faudra aussi éduquer le jugement.
Les compétences techniques ne remplacent pas la capacité à discerner et à décider dans des situations singulières.
Conséquence : Développer le jugement autant que les compétences.
7. Le principal avantage compétitif des organisations résidera dans leur capacité à développer le TOI.
La qualité d’une organisation dépendra de sa capacité à transformer les prescriptions en actions justes (justesse, justice) et efficaces.
Conséquence : Faire du développement du TOI un objectif stratégique.
Conclusion : tant que le travail demeurera une activité humaine, le TOI ne constituera pas une variable résiduelle de l’organisation : il en sera l’une des ressources stratégiques majeures.
