{"id":160,"date":"2016-06-30T10:33:28","date_gmt":"2016-06-30T08:33:28","guid":{"rendered":"http:\/\/ibrahimafall.com\/?p=160"},"modified":"2021-08-20T10:35:02","modified_gmt":"2021-08-20T08:35:02","slug":"simone-weil-au-secours-de-la-transformation-numerique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ibrahimafall.com\/?p=160","title":{"rendered":"Simone Weil au secours de la transformation num\u00e9rique ?"},"content":{"rendered":"\n<p>Article publi\u00e9 dans La Tribune  https:\/\/www.latribune.fr\/entreprises-finance\/banques-finance\/assurance\/simone-weil-au-secours-de-la-transformation-numerique-583462.html<\/p>\n\n\n\n<p>La num\u00e9risation de l&rsquo;\u00e9conomie b\u00e9n\u00e9ficie d&rsquo;un fort traitement m\u00e9diatique. Sujet d&rsquo;exaltation pour les startuppers biberonn\u00e9s aux nouvelles technologies, sujet hautement strat\u00e9gique pour les grandes entreprises qui veulent cr\u00e9er de nouveaux relais de croissance ou tout simplement s\u00e9curiser leur business, sujet d&rsquo;\u00e9tude pour les chercheurs, sujet de crainte pour ceux qui voient leur gagne-pain menac\u00e9, elle semble \u00eatre \u00e0 la fois une menace et une opportunit\u00e9, un creus\u00e9 d&rsquo;espoir et une cuv\u00e9e de d\u00e9sesp\u00e9rance.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ce brouhaha technologique synonyme d&rsquo;\u00ab&nbsp;acc\u00e9l\u00e9ration&nbsp;\u00bb du \u00ab&nbsp;progr\u00e8s&nbsp;\u00bb pour certains ou de rupture soci\u00e9tale avec comme cons\u00e9quence la rar\u00e9faction croissante des emplois de jadis pour d&rsquo;autres, quelle place pour le \u00ab&nbsp;JE\u00bb&nbsp;?&nbsp;Ce \u00ab JE&nbsp;\u00bb qui par essence est singulier, particulier, \u00e0 la fois travailleur, sensitif et social (Bertrand de Jouvenel).<\/p>\n\n\n\n<h2>Une gestion \u00ab hom\u00e9ostasique \u00bb par la technologie<\/h2>\n\n\n\n<p>Rappelons que la num\u00e9risation de l&rsquo;\u00e9conomie n&rsquo;est rien d&rsquo;autre qu&rsquo;une nouvelle vague de rationalisation. En effet, la premi\u00e8re vague de rationalisation prend effet avec la taylorisation avec toute l&rsquo;ing\u00e9nierie concepteur-ex\u00e9cutant qui en d\u00e9coule. La seconde vague de rationalit\u00e9 d\u00e9marre avec la mont\u00e9e en puissance du mod\u00e8le japonais avec une forte inclinaison sur l&rsquo;efficacit\u00e9 des activit\u00e9s et l&rsquo;efficience des processus. La derni\u00e8re vague de rationalit\u00e9 que nous connaissons aujourd&rsquo;hui va encore plus loin dans la recherche de l&rsquo;efficacit\u00e9, car elle r\u00e9organise gr\u00e2ce aux outils num\u00e9riques disponibles une reconfiguration non seulement des activit\u00e9s de l&rsquo;entreprise, mais aussi des fronti\u00e8res de celles-ci. Ceci aboutit \u00e0 une nouvelle conception de l&rsquo;entreprise et de son \u00e9cosyst\u00e8me. Inutile d\u00e9sormais de poss\u00e9der des h\u00f4tels pour \u00eatre h\u00f4telier, de poss\u00e9der un taxi pour \u00eatre une entreprise de taxi, d&#8217;embaucher des consultants pour \u00eatre un cabinet de conseil, de faire m\u00e9decine pour \u00eatre m\u00e9decin, etc. En parall\u00e8le, les chaines de valeur des mod\u00e8les traditionnels d&rsquo;entreprises par le biais du num\u00e9rique se trouvent potentiellement \u00ab&nbsp;augment\u00e9es&nbsp;\u00bb avec des possibilit\u00e9s accrues de cr\u00e9ation de valeurs et une r\u00e9interpr\u00e9tation voire une r\u00e9\u00e9criture des relations avec les parties prenantes. Le num\u00e9rique change donc autant l&rsquo;entreprise que les m\u00e9tiers.<\/p>\n\n\n\n<p>N\u00e9anmoins, quel que soit le mod\u00e8le de production de valeur, son caract\u00e8re innovant et la puissance des outils associ\u00e9s, il n&rsquo;y a pas, dans le travail, d&rsquo;autres sources d&rsquo;\u00e9nergie pour l&rsquo;homme que le d\u00e9sir. Simone Weil (1909-1943), philosophe et r\u00e9sistante (\u00e0 ne pas confondre avec la ministre de la Ve&nbsp;R\u00e9publique) l&rsquo;avait bien compris&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><p>\u00ab<em>&nbsp;&#8230; dans la nature humaine, il n&rsquo;y a pas pour l&rsquo;effort d&rsquo;autre source d&rsquo;\u00e9nergie que le d\u00e9sir. Et il n&rsquo;appartient pas \u00e0 l&rsquo;homme de d\u00e9sirer ce qu&rsquo;il a. Le d\u00e9sir est une orientation, un commencement de mouvement vers quelque chose. Le mouvement est vers un point o\u00f9 on n&rsquo;est pas.<\/em><\/p><p><em>Si le mouvement \u00e0 peine commenc\u00e9 se boucle sur le point de d\u00e9part, on tourne comme un \u00e9cureuil dans une cage, comme un condamn\u00e9 dans une cellule. Tourner toujours produit vite l&rsquo;\u00e9c\u0153urement&nbsp;<\/em>\u00bb.<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Cet \u00e9c\u0153urement de l&rsquo;\u00e2me dont parle Simone Weil ne saurait trouver rem\u00e8de simplement dans les moyens, quelque soit le degr\u00e9 de sophistication de ces derniers. Le num\u00e9rique demeure un moyen et nous savons que le sens n&rsquo;est jamais dans les moyens aussi innovants soient-ils, mais toujours dans les finalit\u00e9s. L&rsquo;outillage technologique tend \u00e0 d\u00e9mat\u00e9rialiser les relations de travail voire l&rsquo;entreprise elle-m\u00eame, mais le d\u00e9sir ne se mat\u00e9rialise que dans le r\u00e9el. D\u00e8s lors, malgr\u00e9 l&rsquo;environnement \u00e9conomique dynamique et la m\u00e9tamorphose technologique, cette phrase fondamentale de Simone Weil demeure profond\u00e9ment vraie&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><p>\u00ab C&rsquo;est par travail que&nbsp;la raison saisit le monde m\u00eame, et s&#8217;empare de l&rsquo;imagination folle&nbsp;\u00bb.<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>En effet, dans un contexte de d\u00e9veloppement d&rsquo;une \u00e9conomie num\u00e9ris\u00e9e ayant comme philosophie gestionnaire \u00ab&nbsp;l&rsquo;hom\u00e9ostasie&nbsp;\u00bb c&rsquo;est-\u00e0-dire la capacit\u00e9 du syst\u00e8me \u00e0 maintenir son fonctionnement en d\u00e9pit des contraintes int\u00e9rieures et ext\u00e9rieures (Alain Supiot), l&rsquo;homme semble se dissoudre dans des processus qui le d\u00e9passent. Les cons\u00e9quences d&rsquo;une telle dissolution sont malgr\u00e9 tout bien r\u00e9elles&nbsp;: le d\u00e9lire pour les \u00ab&nbsp;manipulateurs de symboles&nbsp;\u00bb (concept formalis\u00e9 par Robert Reich) qui ne rencontrent plus la vie r\u00e9elle, les souffrances psychiques et psychologiques pour les ex\u00e9cutants non pensant.<\/p>\n\n\n\n<p>Une lecture manag\u00e9riale de \u00ab&nbsp;L&rsquo;enracinement&nbsp;\u00bb, une \u0153uvre majeure de Simone Weil, \u00e9crite en 1943 et publi\u00e9e post-mortem par Albert Camus en 1949, peut nous apporter des cl\u00e9s de r\u00e9flexion et d&rsquo;action pour sortir du filtre de l&rsquo;entreprise hom\u00e9ostasique et positionner l&rsquo;Homme de mani\u00e8re centrale dans l&rsquo;organisation.<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, \u00ab&nbsp;L&rsquo;enracinement&nbsp;\u00bb nous rappelle les obligations envers l&rsquo;\u00eatre humain sans lesquels tout projet est vou\u00e9 \u00e0 la trag\u00e9die ou du moins \u00e0 l&rsquo;\u00e9chec. Le respect de ces obligations est valable pour toute communaut\u00e9 humaine tourn\u00e9e vers l&rsquo;action, l&rsquo;entreprise ne saurait donc \u00eatre une exception. Ces obligations vont au-del\u00e0 de la simple satisfaction des besoins du corps gr\u00e2ce \u00e0 une compensation financi\u00e8re, le salaire. Elles exc\u00e9dent aussi le sens intrins\u00e8que du travail (signification, sensation, direction, explication).<\/p>\n\n\n\n<h2>Travailleurs et le respects des singularit\u00e9 humaine<\/h2>\n\n\n\n<p>Partant des \u00ab&nbsp;besoins de l&rsquo;\u00e2me&nbsp;\u00bb formalis\u00e9s par Simone Weil dans \u00ab&nbsp;L&rsquo;enracinement&nbsp;\u00bb, nous nous focaliserons sur ceux qui nous semblent indispensables pour assurer \u00e0 l&rsquo;entreprise un d\u00e9veloppement soutenable et au travailleur le respect de sa singularit\u00e9 humaine dans un r\u00e9gime de travail technicis\u00e9 qui se doit d&rsquo;\u00eatre r\u00e9ellement humain (ni d\u00e9ni de pens\u00e9e ni d\u00e9ni de r\u00e9alit\u00e9) : l&rsquo;ordre, la libert\u00e9, l&rsquo;ob\u00e9issance, la responsabilit\u00e9, l&rsquo;\u00e9galit\u00e9, la hi\u00e9rarchie, l&rsquo;honneur.<\/p>\n\n\n\n<ul><li><strong>L&rsquo;ordre<\/strong><\/li><\/ul>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><p>\u00ab&nbsp;Le premier besoin de l&rsquo;\u00e2me, celui qui est le plus proche de sa destin\u00e9e \u00e9ternelle, c&rsquo;est l&rsquo;ordre, c&rsquo;est-\u00e0-dire un tissu de relations sociales t@el que nul ne soit contraint de violer des obligations rigoureuses pour ex\u00e9cuter d&rsquo;autres obligations&nbsp;\u00bb.<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Cl\u00e9 manag\u00e9riale&nbsp;: La recherche de l&rsquo;ordre en entreprise passe par la chasse aux injonctions paradoxales (voir les travaux de Paul Watzlawick), l&rsquo;\u00e9limination de tout conflit entre le dire et le faire. L&rsquo;homme doit s&rsquo;inscrire harmonieusement dans l&rsquo;organisation et pour cela, il faut combattre toute source de violence symbolique.<\/p>\n\n\n\n<ul><li><strong>La libert\u00e9<\/strong><\/li><\/ul>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><p>\u00ab La libert\u00e9, au sens concret du mot, consiste dans une possibilit\u00e9 de choix. Il s&rsquo;agit, bien entendu, d&rsquo;une possibilit\u00e9 r\u00e9elle&#8230;.Il faut que les r\u00e8gles soient assez raisonnables et assez simples pour que quiconque le d\u00e9sire et dispose d&rsquo;une facult\u00e9 moyenne d&rsquo;attention puisse comprendre, d&rsquo;une part l&rsquo;utilit\u00e9 \u00e0 laquelle elles correspondent, d&rsquo;autre part les n\u00e9cessit\u00e9s de fait qui les ont impos\u00e9es&nbsp;\u00bb.<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p><strong>Cl\u00e9 manag\u00e9riale&nbsp;:<\/strong>&nbsp;La libert\u00e9 en entreprise n&rsquo;est pas l&rsquo;absence de contrainte mais la non-domination (Philip Petit)&nbsp;; Son expression en entreprise passe par la coop\u00e9ration pour la prise de d\u00e9cision et l&rsquo;expression au bon niveau de granularit\u00e9 des protocoles de gestion. Toute s\u00e9paration entre concepteurs et ex\u00e9cutants, entre conception et ex\u00e9cution doit \u00eatre hors de mise afin que chaque collaborateur se sente d\u00e9positaire d&rsquo;une parcelle de souverainet\u00e9 entrepreneuriale.<\/p>\n\n\n\n<ul><li><strong>L&rsquo;ob\u00e9issance<\/strong><\/li><\/ul>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><p>\u00ab&nbsp;L&rsquo;ob\u00e9issance est un besoin vital de l&rsquo;\u00e2me humaine. Elle est de deux esp\u00e8ces : ob\u00e9issance \u00e0 des r\u00e8gles \u00e9tablies et ob\u00e9issance \u00e0 des \u00eatres humains regard\u00e9s comme des chefs. Elle suppose le consentement, non pas \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de chacun des ordres re\u00e7us, mais un consentement accord\u00e9 une fois pour toutes, sous la seule r\u00e9serve, le cas \u00e9ch\u00e9ant, des exigences de la conscience. Il est n\u00e9cessaire qu&rsquo;il soit g\u00e9n\u00e9ralement reconnu, et avant tout par les chefs, que le consentement et non pas la crainte du ch\u00e2timent ou l&rsquo;app\u00e2t de la r\u00e9compense constitue en fait le ressort principal de l&rsquo;ob\u00e9issance, de mani\u00e8re que la soumission ne soit jamais suspecte de servilit\u00e9&#8230;&nbsp;\u00bb.<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Cl\u00e9 manag\u00e9riale&nbsp;: Le consentement en entreprise ne se d\u00e9cr\u00e8te pas ni ne s&rsquo;ach\u00e8te. Il n\u00e9cessite un partage de la compr\u00e9hension des enjeux et des moyens mobilis\u00e9s ou mobilisables. La parole, trop souvent humili\u00e9e (Jacques Ellul) en est le principal vecteur. Une ob\u00e9issance \u00e9clair\u00e9e passe aussi par un management exemplaire \u00ab&nbsp;tone at the top&nbsp;\u00bb. Pour Simone Weil, l&rsquo;exemplarit\u00e9 des chefs est primordiale, m\u00eame sans contre-pouvoirs objectifs, leurs libert\u00e9s doivent \u00eatre limit\u00e9es par les convenances.<\/p>\n\n\n\n<ul><li><strong>La responsabilit\u00e9<\/strong><\/li><\/ul>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><p>\u00ab&nbsp;L&rsquo;initiative et la responsabilit\u00e9, le sentiment d&rsquo;\u00eatre utile et m\u00eame indispensable, sont des besoins vitaux de l&rsquo;\u00e2me humaine&#8230;.La satisfaction de ce besoin exige qu&rsquo;un homme ait \u00e0 prendre souvent des d\u00e9cisions dans des probl\u00e8mes, grands ou petits, affectant des int\u00e9r\u00eats \u00e9trangers aux siens propres, mais envers lesquels il se sent engag\u00e9. Il faut aussi qu&rsquo;il ait \u00e0 fournir continuellement des efforts. Il faut enfin qu&rsquo;il puisse s&rsquo;approprier par la pens\u00e9e l&rsquo;\u0153uvre tout enti\u00e8re de la collectivit\u00e9 dont il est membre, y compris les domaines o\u00f9 il n&rsquo;a jamais ni d\u00e9cision \u00e0 prendre ni avis \u00e0 donner&#8230;.Toute collectivit\u00e9, de quelque esp\u00e8ce qu&rsquo;elle soit, qui ne fournit pas ces satisfactions \u00e0 ses membres, est tar\u00e9e et doit \u00eatre transform\u00e9e \u00bb.<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p><strong>Cl\u00e9 manag\u00e9riale&nbsp;:<\/strong>&nbsp;L&rsquo;initiative et la responsabilit\u00e9 sont bien souvent antinomiques avec les injonctions \u00e0 la conformit\u00e9. La maitrise des risques va de concert avec le d\u00e9veloppement des r\u00e9f\u00e9rentiels. L&rsquo;initiative peut s&rsquo;en trouver brider et la responsabilit\u00e9 circonscrite \u00e0 la mise en conformit\u00e9 des produits, des processus, des actions dans tous les domaines de la production. Pour d\u00e9velopper l&rsquo;initiative, la responsabilit\u00e9 qui en d\u00e9coule ainsi que la cr\u00e9ativit\u00e9, il est n\u00e9cessaire de penser des organisations ambidextres avec des espaces d&rsquo;exploitation mis sous contr\u00f4le et des espaces d&rsquo;exploration ouverts \u00e0 l&rsquo;initiative et \u00e0 la cr\u00e9ativit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<ul><li><strong>L&rsquo;\u00e9galit\u00e9<\/strong><\/li><\/ul>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><p>\u00ab&nbsp;Elle consiste dans la reconnaissance publique, g\u00e9n\u00e9rale, effective, exprim\u00e9e r\u00e9ellement par les institutions et les m\u0153urs, que la m\u00eame quantit\u00e9 de respect et d&rsquo;\u00e9gards est due \u00e0 tout \u00eatre humain, parce que le respect est d\u00fb \u00e0 l&rsquo;\u00eatre humain comme tel et n&rsquo;a pas de degr\u00e9s. Par suite, les diff\u00e9rences in\u00e9vitables parmi les hommes ne doivent jamais porter la signification d&rsquo;une diff\u00e9rence dans le degr\u00e9 de respect&#8230;&nbsp;Une certaine combinaison de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 et de l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 est constitu\u00e9e par l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des possibilit\u00e9s\u00bb.<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Cl\u00e9 manag\u00e9riale&nbsp;: Le respect ne doit jamais \u00eatre index\u00e9 sur les accomplissements ou la performance du salari\u00e9. Le respect doit rester inconditionnel et decorr\u00e9l\u00e9 de toute performance. Les seules in\u00e9galit\u00e9s possibles doivent proc\u00e9der d&rsquo;une \u00e9galit\u00e9, celle devant le m\u00e9rite, jugement qui doit n\u00e9cessairement prendre en compte les in\u00e9gales aptitudes des individus (formation, d\u00e9terminants sociaux etc.)<\/p>\n\n\n\n<ul><li><strong>La hi\u00e9rarchie<\/strong><\/li><\/ul>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><p>\u00ab&nbsp;Une v\u00e9ritable hi\u00e9rarchie suppose que les sup\u00e9rieurs aient conscience de cette fonction de symbole et sachent qu&rsquo;elle est l&rsquo;unique objet l\u00e9gitime du d\u00e9vouement de leurs subordonn\u00e9s. La vraie hi\u00e9rarchie a pour effet d&rsquo;amener chacun \u00e0 s&rsquo;installer moralement dans la place qu&rsquo;il occupe&nbsp;\u00bb.<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Cl\u00e9 manag\u00e9riale&nbsp;: Le grade n&rsquo;est jamais suffisant pour l\u00e9gitimer une position ou une fonction. Ce qui l\u00e9gitimise, ce sont les accomplissements personnels, les comp\u00e9tences, la morale et la capacit\u00e9 d&rsquo;entrainement. Dans une \u00e9poque o\u00f9 la r\u00e9putation tend \u00e0 remplacer la comp\u00e9tence, le clic le m\u00e9rite, la l\u00e9gitimit\u00e9 par ses actions et ses attributs moraux reste le seul vecteur d&rsquo;entrainement durable.<\/p>\n\n\n\n<ul><li><strong>L&rsquo;honneur<\/strong><\/li><\/ul>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><p>\u00ab&nbsp;Le respect d\u00fb \u00e0 chaque \u00eatre humain comme tel, m\u00eame s&rsquo;il est effectivement accord\u00e9, ne suffit pas \u00e0 satisfaire ce besoin ; car il est identique pour tous et immuable ; au lieu que l&rsquo;honneur a rapport \u00e0 un \u00eatre humain consid\u00e9r\u00e9, non pas simplement comme tel, mais dans son entourage social. Ce besoin est pleinement satisfait, si chacune des collectivit\u00e9s dont un \u00eatre humain est membre lui offre une part \u00e0 une tradition de grandeur enferm\u00e9e dans son pass\u00e9 et publiquement reconnue au-dehors \u00bb.<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Cl\u00e9 manag\u00e9riale&nbsp;: L&rsquo;honneur d&rsquo;exercer un m\u00e9tier tend \u00e0 baisser avec la syst\u00e9matisation de l&rsquo;\u00e9valuation quantitative (voir les travaux de Roland Gori). En effet, l&rsquo;\u00e9valuation quantitative tend \u00e0 extraire &nbsp;les \u00ab&nbsp;valeurs qualitatives des m\u00e9tiers, leurs finalit\u00e9s sp\u00e9cifiques, leurs exigences \u00e9thiques&nbsp;\u00bb. Cet honneur du m\u00e9tier est pourtant un puissant outil de motivation puisqu&rsquo;il est s&rsquo;inscrit dans un imaginaire collectif. Sur un plan purement pratique, il est indispensable de se rappeler la loi de Goodhart&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>lorsqu&rsquo;une mesure devient une cible, elle cesse d&rsquo;\u00eatre une bonne mesure&nbsp;<\/em>\u00bb. Une telle mesure finit m\u00eame par se retourner contre les finalit\u00e9s de l&rsquo;action originelle (Yvan Illich).<\/p>\n\n\n\n<h2>&nbsp;L&rsquo;homme lui ne changera pas<\/h2>\n\n\n\n<p>Pour conclure, \u00e0 l&rsquo;heure du num\u00e9rique, la relecture de \u00ab&nbsp;L&rsquo;enracinement&nbsp;\u00bb de Simone Weil nous permet de nous rappeler que malgr\u00e9 des technologies de plus en plus sophistiqu\u00e9es et d\u00e9mat\u00e9rialis\u00e9es et nonobstant les vell\u00e9it\u00e9s transhumanistes, les besoins intrins\u00e8ques de l&rsquo;homme ne changent pas. Certes, nous pouvons penser que l&rsquo;homme est un frein au progr\u00e8s voire m\u00eame un ratage lorsqu&rsquo;on le consid\u00e8re sous l&rsquo;angle des techniques modernes (Jungk) \u00e0 d\u00e9faut d&rsquo;\u00eatre obsol\u00e8te (Gunther Anders)&nbsp;; N\u00e9anmoins, l&rsquo;homme demeure la mesure de toute chose : \u00ab&nbsp;de celles qui sont, du fait qu&rsquo;elles sont ; de celles qui ne sont pas, du fait qu&rsquo;elles ne sont pas&nbsp;\u00bb (Platon). Le sens de ce qu&rsquo;il fait est toujours derri\u00e8re les signes qui le manifestent. La multiplication des signes notamment avec le num\u00e9rique tend donc naturellement \u00e0 obstruer une pens\u00e9e du travail sans artefact.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans un monde dans lequel les moyens d\u00e9terminent souvent les finalit\u00e9s contrairement \u00e0 la vox populi, la convergence des moyens et des fins est plus qu&rsquo;une n\u00e9cessit\u00e9. Cette convergence ne se fera pas qu&rsquo;avec des incitations objectives telles que financi\u00e8res comme le note si bien Simone Weil&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><p>\u00ab&nbsp;L&rsquo;argent d\u00e9truit les racines partout o\u00f9 il p\u00e9n\u00e8tre, en rempla\u00e7ant tous les mobiles par le d\u00e9sir de gagner. Il l&#8217;emporte sans peine sur les autres mobiles parce qu&rsquo;il demande un effort d&rsquo;attention tellement moins grand. Rien n&rsquo;est si clair et si simple qu&rsquo;un chiffre&nbsp;\u00bb.<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Cette convergence passera n\u00e9cessairement par la nourriture des \u00e2mes ou&#8230;. par leur perte. Face au risque de myopie occasionn\u00e9 par la fascination des hommes pour la technique, le risque de cantonner l&rsquo;homme \u00e0 un r\u00f4le de \u00ab&nbsp;mat\u00e9riel humain&nbsp;\u00bb est omnipr\u00e9sent, \u00ab&nbsp;mat\u00e9riel humain&nbsp;\u00bb disposant comme la jument de Roland, de toutes les qualit\u00e9s possibles sauf celle d&rsquo;exister.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les technologies les plus sophistiqu\u00e9es ne changent rien aux fondamentaux humains. Une relecture de la philosophe Simone Weil \u00e9claire le monde nouveau.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[2],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/ibrahimafall.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/160"}],"collection":[{"href":"https:\/\/ibrahimafall.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/ibrahimafall.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ibrahimafall.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ibrahimafall.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=160"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/ibrahimafall.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/160\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":161,"href":"https:\/\/ibrahimafall.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/160\/revisions\/161"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/ibrahimafall.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=160"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/ibrahimafall.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=160"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/ibrahimafall.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=160"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}